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Zazie dans Nous Deux - Mars 2003 -
Une battante au grand coeur
Depuis une dizaine d’années, Zazie tient une place à part dans le monde de la chanson française. Après s’être retirée du devant de la scène pour donner naissance à la petite Lola, cette magicienne des mots et des sons nous revient tout en tendresse...
Par Gilbert Jouin.
Début janvier, Zazie a marqué son grand retour sur scène en «squattant le Bataclan » comme elle dit. Les cheveux qu’elle avait coupés au début de sa grossesse ont repoussé, et la belle a immédiatement retrouvé sa taille de sylphide. Nous l’avons rencontrée avant que ne sorte son disque live, et alors qu’elle s’apprête à sillonner les routes de France à la rencontre de son fervent public.
Nous Deux : Pourquoi votre spectacle s’est-il appelé «Zazie squatte le Bataclan»?
Zazie : « Squatter », ça veut dire «prendre place dans un endroit qui n’est pas le sien. » C’est exactement cela ! Je me suis installée pour sept semaines ! En cinq ou six représentations au Zénith, j’aurais réuni autant de public, mais j’avais envie d’explorer autre chose. Peut-être de me mettre plus en danger ! Si je tousse au Bataclan, tout le monde l’entend. Il s’agit d’être plus humble aussi. Quitte à être un peu plus impudique... Les petites salles, je les ai pratiquées. Quand je me suis produite pour la première fois à la Cigale, c’était Bercy pour moi.
Nous Deux : Votre affiche vous présente en train de passer l’aspirateur et d’étendre le linge, pourquoi ?
Zazie : Je voulais que mon affiche ait un côté franchement féminin. On a tendance à penser qu’il est très héroïque et très viril de monter sur scène. Moi, je voulais dire, avec un clin d’œil ironique, que c’est aussi une affaire de femme !Nous Deux : Comment vivez-vous votre popularité ?
Zazie : La réflexion que l’on me fait le plus souvent, je crois que c’est: « Vous êtes mieux en vrai qu’à la télé !» J’ai l’impression que les gens me prennent pour leur copine. Comme j’essaie de me comporter de façon à peu près normale, je deviens du coup un membre de leur famille. Il arrive que ça prenne une tournure un peu trop familière. Mais je préfère quand même ces attitudes-là à l’indifférence ou à l’agressivité. En ce moment, les femmes me demandent des nouvelles de mon bouchon. C’est normal entre mamans !Nous Deux : Comment va-t-il justement ce petit bouchon ?
Zazie : La seule merveille du monde, c’est ma fille ! Dans ma vie, elle tient une place de premier ordre. Je vais l’emmener en tournée. Son papa sera lui-même en tournée avec son groupe. J’estime que c’est naturel pour un enfant que d’avoir une maman qui travaille. Et encore, dans notre métier, on a plus de privilèges que d’inconvénients. Je vais pouvoir m’occuper beaucoup plus de Lola que si j’avais des horaires de bureau.Nous Deux : Pourquoi vous êtes-vous remise à travailler sitôt après la naissance de Lola ?
Zazie : C’est ma faute. J’avais commencé à préparer ma scène pendant ma grossesse, et comme je suis du genre à tenir mes engagements, j’ai dû me remettre au travail très vite après l’accouchement.Nous Deux : Dix ans après vos débuts, dans quel état d’esprit êtes-vous ?
Zazie : Ma plus grande fierté, c’est d’être encore là. La vraie reconnaissance, c’est la longévité et tous les liens qui se tissent avec le public.Nous Deux : Pourquoi votre dernier album, La Zizanie, est-il aussi sombre ?
Zazie : Un album, c’est un rendez-vous que j’ai avec moi-même. Il y a dans notre société tellement de sujets graves. Je suis un témoin de mon temps. Et puis, il me faut aussi gérer mes problèmes personnels. On n’a pas forcément envie d’écrire sur son bonheur. On n’y pense pas d’ailleurs. Quand j’ai terminé cet album, je me suis rendu compte qu’il était plutôt désespérant. Mais il y a des musiques légères sur des phrases sombres. Une des plus belles armes des femmes, c’est de pouvoir dire les choses en douceur, de s’exprimer avec des larmes, de mettre de l’eau sur le feu.Nous Deux : Cette année encore, vous faites partie des Restos du cœur ?
Zazie : Oui. J’aimerais ne plus avoir à y participer. Je voudrais que ce problème soit réglé, que tout le monde ait un toit et de quoi manger. Mais je ne suis pas très optimiste Alors, tant qu’il le faudra, je serai là...Nous Deux : Que pensez-vous de Star Academy?
Zazie : Je ne cautionne pas du tout ce concept, mais j’accepte les artistes qui en sont issus. D’ailleurs, J’attends l’amour le titre de Jenifer, est une bonne chanson...Nous Deux : Une de vos chansons s’intitule La Fan de sa vie. Quelles étaient vos idoles de jeunesse ?
Zazie : A 11 ans, j’étais amoureuse de Jack Nicholson. Un peu plus tard,j’ai un peu fantasmé sur Mel Gibson et Brad Pitt. Mais ça n’a jamais été très loin. Je n’ai jamais eu de poster de star dans ma chambre. Et quand j’ai désiré faire ce métier, je voulais carrément être Peter Gabriel et Neil Young ! Ceci dit, je comprends la démarche du fan par rapport à son idole. Mais il ne faut jamais confondre l’amour à vendre avec l’amour à vivre...
Interview Gilbert Jouin