Zazie dans Psychologies Juillet 1998


"Je suis fière d'être moi même"

Elle est venue à la chanson pour exorciser son mal de vivre. Et son auto-analyse, intime et sincère, a touché le public. Portrait d'une artiste plutôt nombriliste qui veut montrer ce qu'elle a dans le ventre.

"Je doute, je souffre et je le dis."

Quand cette jolie fille, mannequin, est apparue dans le paysage musical français, avec son nombril à l'air et son timbre de voix timide, beaucoup ont pensé qu'elle retomberait dans l'anonymat sitôt son tube vidé. C'était compter sans son talent de vraie musicienne et son charme ravageur. En six petites années, Zazie s'est imposée non seulement comme chanteuse ("Zen", son deuxième album, s'est vendu à 380000 exemplaires !), mais aussi comme auteur-compositeur pour des vedettes confirmées comme Hallyday, Obispo ou Pagny. Indéniablement, il existe un phénomène Zazie. Normal, cette femme est un phénomène.
Si Isabelle de Truchie de Varenne (baronne de son état), alias Zazie, porte un surnom à prendre le métro, elle ne jure que par Jasper, son scooter. Ce nounours à essence qu'elle materne comme une poupée montre que, du haut de son mètre soixante-seize et de ses 34 ans, en dépit de ses disques d'or et de ses deux Victoires de la musique, Zazie veut rester fidèle à la petite fille qu'elle a été. A 5 ans, elle apprend le violon, dix ans plus tard, elle se met à la guitare.
Désormais, dans sa vie, elle ne recherchera plus que les accords majeurs.
Après des études de kiné avortées, elle retrouve le moral grâce à son physique, en devenant mannequin. Mais Zazie se voit mieux en porte-voix qu'en porte-manteau.
Alors elle part à l'assaut des maisons de disques. Et la belle séduit un label. En 1992, elle sort son premier album, "Je, tu, ils", enregistré chez Peter Gabriel. Révélation féminine aux Victoires de la musique 1993, la grande Zazie peut se montrer "zen".
Ce sera le titre de son deuxième album... Pour garder les pieds sur terre, elle décide d'affronter la scène. Entre l'aristo et le public, le courant passe. Mieux, Zazie a le sentiment de vivre un véritable transfert, debout face à ces fauteuils d'orchestre aux allures de divans d'analyse. Du coup, elle repart en tournée à la rentrée prochaine pour promouvoir "Made in Love", son dernier album.

La gloire et la reconnaissance du public seraient-elles une drogue ? "La célébrité, c'est quelque chose que je vis bien parce que je n'ai pas un besoin pathologique du regard des autres. Bien entendu, je me suis demandé ce qui avait bien pu me pousser à faire ce métier. Vouloir être écoutée par tant de gens, c'est quand même le signe d'un léger déséquilibre ou du moins d'un certain non-dit par rapport aux personnes qui m'entourent. En fait, ce que je n'arrivais pas à exprimer, j'ai décidé de le dire à un public anonyme, par exorcisme. Je crois que, quand j'ai voulu devenir chanteuse, je manquais d'une image intérieure de moi-même. Alors, j'ai demandé à l'extérieur de m'en renvoyer une. "C'est très tôt que la musique lui a servi de langage. Petite, la jeune baronne vit mal les bémols qui ponctuent les relations entre son père, architecte, et sa mère, professeur de musique. A 13 ans, chez une amie, elle découvre avec stupeur que certains parents s'embrassent. La petite Isabelle prend ainsi conscience qu'elle n'est pas le fruit d'un grand amour. Alors, pour sublimer son mal de vivre, elle choisit de se distinguer des autres en élevant des scorpions ou en s'habillant de violet. " C'était plus un mal à dire qu'un mal à être. Je n'avais pas encore trouvé le moyen de communiquer qui j'étais. J'étais tellement dans l'indicible par rapport à ma famille... Au moins, en jouant les notes, je n'avais pas à dire les mots. " Une chose parait certaine, c'est que Zazie a dû franchir bien des précipices pour devenir grande. Et pas seulement en taille.
Si le succès a agi sur ses blessures comme un antiseptique, elle ne doit sa cicatrisation qu'à elle-même. Zazie est une fille nature, et c'est sa nature qui a pris le dessus.
" Petite fille, j'étais toujours en rogne. Je n'ai pas manqué d'affection, mais on avait une forme d'amour bizarre. Les relations parents-enfants étaient très fortes. Entre mon père et ma mère, en revanche, c'était très conflictuel, sans être pour autant dénué d'amour, dans la mesure où l'on peut considérer la haine, les engueulades comme de l'amour mal vécu... Quand ils ont fini par divorcer, j'avais 7 ans. Cela a été un véritable soulagement. Séparément, mon père et ma mère sont des personnes très respectables, mais ensemble, ils devenaient les pires ennemis. Mes disques m'ont aidée à changer ce schéma mental."

Quand elle écrit, c'est toujours de façon très solitaire, dans un état " proche de l'autisme ", avoue-t-elle. " Parce que ça m'oblige à essayer de parler ma langue intime et non pas celle que l'on m'a apprise. Quand je fais un album, c'est d'abord pour moi-même, pour voir où j'en suis. C'est un peu psychanalytique. Je dois faire preuve de courage et de générosité pour offrir mon travail aux autres, leur donner des clés pour qu'ils comprennent que je ne suis pas un farfadet ni une fille à la vanille. Moi, je doute, je souffre et je le dis. La musique me donne une excuse à l'impudeur. Attention, chez moi l'impudeur n'est pas de la subversion je ne suis pas une déchirée, ma culture ne m'a pas amenée à ça. Pour moi, l'impudeur c'est parler un langage qui vient de l'intérieur J'essaie d'être Zazie, en toute honnêteté, sans regretter de ne pas être Kate Bush ou Bjôrk. Ce travaild'accepta-tion de mes qualités comme de mes défauts fait que, curieusement, plus je m'aime, plus j'aime les autres. Le plus difficile, c'est de trouver le bon compromis entre son patois-pathos et un langage compréhensible par tous. "
Parce qu'elle pratique l'introspection comme d'autres le sport, Zazie semble être restée lucide face au succès. Sa sympathie communicative, sa bonne volonté évidente sont même étonnantes: ai-je en face de moi une VRP consciencieuse qui sait très bien se vendre ou quelqu'un de sincère ? Rapidement, sa façon de me regarder droit dans les yeux, de répondre du tac au tac, sans parachute, me rassure : Zazie est authentique. " Quand j'ai commencé ce métier je ne voyais pas plus loin que le bout de mon... ego. J'étais totalement dans le paraître, d'ailleurs, j'étais mannequin. Cela m'a incitée à vouloir être, à décacheter l'enveloppe pour montrer la lettre, l'être qui se cache à l'intérieur, même si c'est moins joli, moins affriolant. Aujourd'hui, quand je monte sur scène, ce n'est plus par exhibitionnisme. Ce qui me donne de la force, c'est d'avoir des choses à dire, et non d'être une jolie fille qui chante. Vouloir se remplir de l'extérieur, c'est bidon. Le regard de l'autre est extrêmement déformant il exagère autant ce qui est bien que ce qui ne l'est pas. Mais cela m'a aidée à analyser cette enveloppe, même si elle n'est pas tout à fait la mienne, et à acquérir une certaine confiance en moi. Désormais, j'arrive à dire non, à accepter que si telle ou telle personne ne m'aime pas, ce n'est pas la fin du monde.

Résultat dans plusieurs de ses chansons, elle semble régler ses comptes avec les hommes, même si elle affirme ne pas être féministe pour un sou. " J'adore les machos. Ce sont des êtres imparfaits qui font des efforts pour être héroïques. Et j'ai besoin d'être épatée... Généralement, je tombe amoureuse de séducteurs, qui ont donc tendance à être volages. De toute façon, je trouve que, de nos jours, il est extrêmement difficile d'être fidèle. Si un homme me trompait, ce n'est pas d'être allé avec une autre que je lui reprocherais mais de ne pas m'avoir menti assez bien. " Pour séduire, Zazie table plus sur la sensualité que sur la sexualité. A tel point qu'elle préfère les tenues de jogging aux robes. Pas question d'arriver sur un plateau de télévision en minijupe. Non, son truc à elle, c'est le nombril. " Montrer mon ventre est la seule impudeur physique que je m'accorde. Mon nombril, c'est mon centre. J'aime bien mon ventre, je le trouve touchant. Il me permet de rester en terrain neutre, hors du code sexuel habituel, à mi-chemin des seins et du sexe. " Poings serrés, la rage au cœur, Zazie a longtemps joué au garçon manqué, voulant se battre contre toutes les injustices de la vie. Adulte, les tempêtes de l'enfance se sont calmées, laissant place à une paix intérieure. " J'essaie d'entretenir une relation affective avec le monde qui m'entoure. Une relation plus proche du rapport qu'ont les enfants aux choses que d'une véritable spiritualité. " Pour écrire son premier disque, "Je, tu, ils", Zazie s'était inspirée de "Quand j'avais 5 ans, je m'ai tué", l'émouvant roman qu'Howard Buten a tiré de son expérience auprès d'enfants autistes.
" Le langage qu'il employait, celui d'un adulte qui décide de parler comme un enfant, a été une révélation. Moi, je suis souvent à la limite entre folie et fantaisie. Et la folie ne me fait peur que lorsqu'elle est le reflet d'une cassure. Alors j'espère que j'aurai toujours la lucidité de ne pas passer définitivement de l'autre côté du miroir. " Ayant appris l'admiration que lui portait la chanteuse, Buten lui a écrit un texte qui sert de préface à "Made in Love". "Moi, dit-il, j'aime particulièrement la musique de Zazie. Je l'écoute souvent en me réveillant le matin (Ça aide). Je suis content qu'elle existe. C'est une histoire de goût personnel. Ça me fait quelque chose (Beaucoup). "
A nous aussi.

Alain Spira.


Ses dates clès

1965
: Zazie embarque dans le métro de la vie.
1970 : A 5 ans, elle lâche sa poupée contre un violon.
1981 : isabelle endosse une blouse blanche pour devenir kiné.
1983 : Adieu le paramédical, vive les langues orientales !
Quatre mois plus tard, son japonais devient langue morte. Vive le mannequinat !
1992 : Zazie trouve sa voie dans le sillon de son premier disque "Je tu ils"
1993 : Révélation féminine de l'année, elle décroche sa première Victoire de la musique.
1995 : La gazelle se fait geisha et sort "Zen", son deuxième album.
1996 : Première scène. Etre live devient sa raison de vivre.
1998 : L'année de tous les succès une deuxième Victoire de la musique et un nouvel albums "Made in Love".


Made in love : le poids des maux

Avec ce troisième disque, Zazie semble avoir fait une étape décisive aussi bien sur le plan professionnel que personnel.
Si, dans ses premiers disques, la chanteuse était plutôt nombriliste, elle montre avec "Made in Love" ce qu'elle a dans le ventre par rapport au monde qui l'entoure. Chirurgie esthétique pour femmes en toc (" Mesdames, si l'on nous aime, c'est pas pour tout ce qu'on ajoute ou qu'on enlève, mais pour ce qui brille au fond de nos yeux "), cybernétique sans éthique (" On se console sur nos consoles Cyber, on est fier de ne plus être humain ") ou antiracisme (" Prénom, Zazie, du même pays que Sigmund, que Sally, qu'Alex et Ali ")... Cette fois ce n'est plus " moi et les autres" mais "les autres et moi " qu'elle nous chante ventre à l'air sur les photos bleutées de Mondino qui accompagne son CD. Sa voix n'est pas de celles qui brisent les verres, mais au moins n'est-elle pas non plus de celles qui cassent les oreilles. Zazie est une sirène de la douceur. Avec elle, Ulysse n'aurait pu résister au désir d'accoster sur son "nombr'île" pour l'écouter...

 

ZAZIE du tac au tac

·De quoi êtes-vous la plus fière ?
D'arriver à être moi-même
·Quand vous sentez-vous la plus heureuse ?
Dans les bras d'un homme.
·Quel talent supplémentaire aimeriez-vous posséder ?
L'optimisme.
·Comment envisagez-vous votre mort ?
Sans peur aucune. Je vois la vie comme une simple étape.
Même le mot " fin " ne me fait pas peur.
·Sous quelle forme souhaiteriez-vous vous réincarner ?
En tilleul, dans un jardin.
·Quand vous arrive-t-il de mentir ?
Quand la vérité risque de blesser je vais tourner autour du pot.
·Quel personnage célèbre auriez-vous aimé être ?
Mata Hari, j'aime sa duplicité.
·Votre citation favorite ?
C'est une phrase de Françoise Giroud " Il ne faut pas faire du
malheur avec des contrariétés. "

 

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